In Mail And Co. Lies The Infinite Sadness

Entourés d’amour que nous sommes, pourquoi sommes-nous si tristes?

Les moyens de communication que propose ce (déjà-plus-très-)nouveau web « 2.0 » fonctionneraient sur un mode « amoureux » : l’acte « d’aller vers » les autres; de s’y intéresser, de les « suivre », de communiquer avec eux, de leur répondre, de les « voir » plus souvent : tout cela peut être mis dans la case « amour du prochain ». Cet « amour » finit même par déborder tellement il y en a : ces centaines de contacts qui nous aiment saturent nos comptes facebook; remplissent nos boîtes mails de notifications et animent nos ordinateurs d’une symphonie de bings blips plup bim bam boum pop! qui nous rappelle constamment qu’on a plein d’amis. Qu’on est aimé de partout, et on en viendrait presque à chanter des « Love is all around ».

Il paraît même que cet amour peut « sauver le monde » et relancer une économie mourante. C’est l’entraide globale rendue possible par ces outils révolutionnaires. Cet amour évolue dans un espace-temps altéré qui réduit le globe terrestre à une « plate-forme multifonctions » dont Google a les clés. Mais si le globe se résume à Google, le sourire de Loïc Le Meur devrait me convaincre. Je devrais rayonner de bonheur en voyant ma page gmail. Et c’est là que j’oserais un « ou pas » auquel vous pourrez plussoyer… (ou pas).

Car dans ce monde où la communication est polymorphe, flux ininterrompu de mots, de sons et d’images, je n’ai jamais vu tant de personnes dont la tristesse était si profonde. Je vois désormais mes listes de contacts et leurs mots qui me parviennent comme des SOS largués dans le vaste océan cybernétique. Je les lis, leur répond parfois, mais ce sont des messages qui n’attendent pas de réponses pour la plupart. Des « statuts » derrière lesquels se cache une seule angoisse : disparaître. On pourrait en traduire une bonne partie par « je suis là, ne m’oubliez pas, j’existe. » Et quant à la question « What are you doing? » de Twitter, la réponse « Crying on my own and wanting to shoot myself » n’est certainement pas seulement mienne lorsque je me refuse à la larguer au loin et de toutes mes forces. Je sais que c’est la vôtre aussi. Par moments ou souvent. Et pour ne pas que ces mots soient dits, nous ne cessons de parler « à personne en particulier » pour ne rien dire et remplissons des milliards de téras sur toutes les fréquences possibles.

Et quand il s’agit de parler à quelqu’un « en particulier » pour lui dire ce qui nous ronge…

Silence radio.

7 réflexions au sujet de « In Mail And Co. Lies The Infinite Sadness »

  1. Ping : In Mail And Co. Lies The Infinite Sadness « Mistressoftheweb’s Weblog | girlfy.com

  2. Lyonel Kaufmann

    Ni infiniment triste, ni amoureux transis par les réseaux sociaux, je ne t’envoie ni un message d’amour, ni une bouteille à la mer, mais juste un signe d’amitié.
    Bonne journée à toi

    PS: très beau billet.

    Répondre
  3. Stephanie Booth

    Une chose qu’il faut garder à l’esprit, c’est que tous ces moyens de communication « online » rendent plus facile de dire les choses. On est derrière son écran, caché sous une couverture, l’autre n’est pas là physiquement, on peut tirer la prise à tout moment… Tout cela réduit l’angoisse d’être face à l’autre.

    Donc on dit les choses plus facilement. On dit plus facilement, surtout, ce qu’on ne dit habituellement pas facilement.

    Que ça va pas top. Qu’on se sent seul. Qu’on est triste ou perdu. Qu’on déprime, qu’on ne sait pas quoi faire.

    Vrai aussi qu’il est plus facile d’adresser ces messages à la cantonnade. On se mouille moins. On n’est pas vraiment « en relation », on flotte plutôt au milieu de la « communauté », on est un des noeuds du réseau.

    La discussion à deux, coeur à coeur, nous implique plus. Déjà à travers des mots sur un écran, et à plus forte raison assis à une table autour d’un café.

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  4. Marc

    Le web 2.0, « Connect to love », est pour moi un leurre. Les gens se connectent les uns aux autres, échangent, mais rien ne change. Chacun balaie devant sa porte et pousse la poussière sous le paillasson du voisin.

    Bien sûr, il y a toujours des exceptions, mais soyons honnêtes, compte tenu de l’immensité de la toile, c’est peanut. Juste une poignée, rien de plus.

    je crois que’on veut donner au web des vertues qu’il n’a pas. Principalement pour des raisons éconnomiques.

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  5. Amstramgram

    L’utilisation intensive d’internet (hors raison professionnelle) est symptomatique d’un mal être, après que ce soit un mal être passager ou pas, bénin ou grave c’est a chacun de le mesurer bien sûr. J’aime beaucoup ton billet, si j’avais trouvé le même ton juste j’aurais écrit mot pour mot la même chose sachant qu’il reste encore d’autres notions a aborder : le fait de l’utilité de réseaux sociaux pour un groupe d’influents est évident, ce groupe peut remercier les moutons de suivre, ils font tout le boulot de com’ à leur place, le fait que les moutons finissent pa vouloir brouter ailleurs pour retomber dans d’autres « pièges », la consommation des gens comme de simple gadgets, etc…

    Et surtout avec cette notion de réseau social, voir combien cela induit que chacun doit parler de manière politiquement correcte pour plaire au plus grand nombre, et si plus l’on suivait et était suivi par des gens faisait que l’on était moins libre ? Quand on en prend conscience on a encore la possibilité de tout quitter, de repartir sur des bases plus saines, suivre peu de gens mais les suivre vraiment.

    Bises.

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